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De l’identification et du signalement des effets secondaires à l’autosurveillance : une expérience-pilote à l’IPC

 

L’IPC a souhaité donner une réalité concrète au concept de démocratie sanitaire, en  stimulant la participation des patients à la surveillance de leurs chimiothérapies en tant que « co-acteurs » de leurs soins, leur donnant autonomie et indépendance à travers une surveillance « pro-active » des produits reçus, en les invitant à s’associer au repérage, au signalement et à la prise en charge des effets secondaires de ces thérapeutiques. Pour ce faire un programme d’accompagnement à la déclaration en ligne des EI sur le site de l’ANSM leur a été proposé depuis octobre 2015, avec l’aide d’un personnel infirmier formé.

De plus, ont été associés des patients du Comité de patients ainsi que des membres du milieu associatif aux côtés du personnel infirmier. Ils sont présents dans les espaces d’attente des lieux de consultation au contact des patients pour les aider dans cette démarche.

Cette démarche a été accompagnée par une formation réalisée par des experts en pharmacovigilance.

Après un an et demi de cette expérimentation 138 déclarations d’effets secondaires ont été effectuées par les patients sur le site de l’ANSM, avec l’aide d’une infirmière ou pour 30 % d’entre elles avec l’aide d’un bénévole (ainsi 42 déclarations d’EI de patients allogreffés ont été réalisées par des bénévoles formés de l’association RESTART). Ces déclarations ont été effectuées dans le cadre d’une prise en charge ambulatoire, dans l’enceinte de l’hôpital.

Ce niveau quantitatif de déclarations (138 sur une période de 18 mois) est à mettre en parallèle avec les chiffres nationaux de déclarations par des patients atteints de cancers. En effet, les données issues de la base nationale de pharmacovigilance qui totalise seulement 215 déclarations effectuées en 4 ans par les patients concernant les traitements du cancer (38 en 2012, 49 en 2013, 53 en 2014 et 75 en 2015).

Parmi ces déclarations réalisées à l’IPC, 74 concernent des thérapies ciblées (52 %), 42 déclarations des traitements utilisés après greffes (immunosuppresseurs, anti-infectieux).

Ces déclarations sont pertinentes et peu de demandes d’informations complémentaires ont été effectuées par le centre régional de pharmacovigilance.

La majorité des effets indésirables déclarés par les patients (65 %) impactent la qualité de vie et ont des conséquences sur leur vie quotidienne (qui peut aller jusqu’à un arrêt de travail pour certains d’entre eux). Pour 34 patients, cet impact est exprimé comme un isolement social, familial ou psychologique (impossibilité de sortir de chez soi, de marcher, de conduire, de communiquer, etc).

Les effets secondaires les plus cités concernent la peau, les phanères, puis viennent les neuropathies, paresthésies, crampes, tremblements, la fatigue, les douleurs quelle que soit leur origine, les troubles digestifs, les troubles liés à l’alimentation (prise ou perte de poids, problème d’alimentation, de goût), les troubles de la vue et de l’audition et la dépression/anxiété.

Il est important de noter que 3 pathologies cancéreuses secondaires ont été déclarées par les patients (cancer des testicules, carcinome épidermoïdes et cancer de la vessie).

Ce programme a aussi eu des résultats « collatéraux » au sein de l’IPC. En effet, il a eu un impact positif sur la notification des EI par les professionnels de santé eux-mêmes : celles-ci sont passées de 30 en 2014, 73 en 2015 puis à 100 en 2016).

Il est encore trop tôt pour pouvoir extrapoler à partir de cette expérimentation, en cours, que veut être l’impact de l’auto surveillance et de la déclaration par les patients sur la pharmacovigilance des anti- cancéreux.

Néanmoins les bénéfices de cette approche sont potentiellement multiples : bénéfice collectif, en permettant de mieux connaître la tolérance des médicaments en élargissant le périmètre de surveillance, prenant en compte le vécu direct des patients – et favorisant donc directement le « bon usage » du médicament dans « la vraie vie » en toute transparence – ; bénéfice individuel, puisqu’elle permet au patient, « signalant » aux autorités – et aussi , avant tout à son médecin – , de prévenir des conséquences potentiellement lourdes sur sa qualité de vie… voire liées à une mauvaise observance du traitement de sa pathologie.

La participation active des patients atteints de cancer à la surveillance de leur traitement correspond à une demande croissante et légitime d’information et d’autonomie, et permet une pratique concrète et légitime de « démocratie participative de proximité ».

L’expérience montre que cette approche est pertinente et réaliste moyennant un engagement symétrique et réactif des professionnels. De plus elle souligne la faisabilité et l’intérêt d’associer des « patients témoins-experts » à cette démarche.