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Innovations futures : un changement d’échelle périlleux

Les dépenses liées aux molécules coûteuses restent (à ce jour) concentrées sur un nombre relativement faible de molécules. Mais dans un contexte où les typages moléculaires des tumeurs sont en voie d’être généralisés grâce à la baisse spectaculaire du coût du séquençage du génome (d’un facteur 100 000 !), nous allons assister à une accélération sans précédent du progrès médical et de l’essor des thérapies ciblées.

Si l’on considère qu’en 2015, près de 2 000 molécules sont en cours de développement, et même en considérant que seulement 10 % d’entre elles seraient finalement commercialisées, la question centrale est de savoir comment notre système de santé solidaire va pouvoir « absorber » le coût de ces molécules.

A l’ère des thérapies ciblées succède celle des immunothérapies qui pourraient devenir la nouvelle innovation phare de la prochaine décennie. Il est probable que l’on se dirige dans le futur vers la prescription combinée de ces molécules d’immunothérapie avec les thérapies ciblées existantes et à venir, et ce pour des périodes de temps de plus en plus longues, voire à vie. La caractéristique des traitements du cancer de demain semble bien être la chronicisation en même temps qu’un élargissement des indications de ces traitements : l’inflation des coûts semble inévitable.

Une question de régulation publique

La France est un des pays où l’innovation médicale est le plus rapidement mise à disposition des patients. L’envolée des prix des nouvelles thérapies ciblées est préoccupante dans un contexte où les systèmes de santé sont de plus en plus économiquement contraints. Au-delà des préoccupations grandissantes sur les possibilités de financer ces nouveaux traitements du cancer, la question qui se pose est celle de la légitimité pour les autres bénéficiaires du système de soins.

Est-ce que l’on considère que dans un monde où les ressources sont contraintes, dépenser plusieurs dizaines de milliers d’euros pour gagner « n » mois d’espérance de vie est socialement acceptable (la valeur de n peut varier mais est forcément débattue) ? De nouveaux outils de fixation du prix des médicaments doivent être pensés et les décisions de régulation publique auront un rôle central à jouer. Il est indispensable aujourd’hui de faire entrer ce débat dans la sphère publique.