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Rôle et utilisation des Patient Reported Outcomes (PROs « Résultats rapportés par les patients ») en oncologie

Patricia Marino Institut Paoli-Calmettes ; SESSTIM (Inserm UMR 912) La prise en charge du cancer a fortement évolué ces dernières décennies. Les progrès de la recherche médicale ont notamment permis de passer d’une maladie fatalement mortelle à une maladie dont la prise en charge autorise guérisons voire chronicisation, avec des traitements qui, de plus en plus sont administrés sur des durées prolongées. Il est donc apparu que l’efficacité des traitements ne pouvait/devait plus considérer uniquement des paramètres cliniques comme l’activité anti tumorale, la survie sans rechute ou encore la survie globale.
Dans un contexte où par ailleurs les avancées thérapeutiques produisent des bénéfices le plus souvent incrémentaux, voire marginaux, il est aujourd’hui bien établi qu’il est indispensable de compléter les évaluations traditionnelles basées sur des paramètres purement cliniques, physiologiques, biologiques, par d’autres types de résultats qui ne peuvent être évalués que du point de vue du patient lui-même. Le concept anglo-saxon de Patient Reported Outcome, ou « résultat rapporté par les patients » est ainsi devenu central dans l’évaluation des stratégies thérapeutiques en oncologie.

Les PROs : transfert de la recherche à la routine ?

Les travaux théoriques s’intéressant aux Patient Reported Outcomes datent maintenant de plusieurs décennies, développés essentiellement (exclusivement ?) dans le cadre d’essais cliniques. Si cette question n’est donc pas nouvelle, on trouve aujourd’hui un écho important dans la communauté médicale sur leur utilisation en routine. La France est plutôt en retard dans ce domaine. Les Américains ont par exemple développé depuis 2008 une grille d’évaluation des toxicités, basée sur le modèle utilisé par les médecins (la grille CTCAE), mais qui est adaptée à l’auto-remplissage par les patients. A ce jour, un certain nombre d’établissements américains recueillent en routine des Patient Reported Outcomes dans le cadre de la prise en charge et la surveillance de leurs patients.

Un débat plus que jamais d’actualité  : une plénière à l’ASCO 2017

L’oncologue américain Ethan Basch a présenté au plus grand congrès international de cancérologie (l’ASCO), les résultats d’un essai clinique mené de septembre 2007 à janvier 2011. Cette étude, menée sur 766 patients traités par chimiothérapie pour un cancer métastatique, a évalué l’intérêt d’une application web (STAR pour Symptom Tracking and Reporting) permettant aux malades de signaler leurs symptômes en temps réel (12 symptômes). En cas de symptômes importants ou s’aggravant, une alerte était déclenchée pour les infirmières. L’étude a montré que la survie des patients ayant bénéficié de cette application était significativement supérieure de 5 mois de plus à celle des patients ayant reçu un suivi classique (31,2 mois comparés à 26 mois). Cette étude a par ailleurs montré que la durée de la chimiothérapie était de deux mois supplémentaires (8,2 mois contre, 6,3 mois) chez les patients du groupe suivi du fait d’une nette amélioration de leur qualité de vie. Ethan Basch, auteur de cette étude précise que « si le gain en survie peut paraître limité, il est supérieur à ce qui est obtenu avec de nombreux médicaments très coûteux qui ciblent les cancers avancés ».

Conclusion

La place du patient dans sa prise en charge a beaucoup évolué ces dernières années. Les critères d’évaluation rapportés par les patients (Patient-Reported Outcomes) sont désormais des critères de jugement incontournables, réclamés par les autorités sanitaires et les organismes de régulation, utiles aux médecins et avant tout aux patients. A l’ère d’une médecine que l’on qualifie souvent de personnalisée, les Patient Reported Outcome doivent être considérés comme une mesure standard du résultat médical, au même titre que l’efficacité clinique, afin de placer enfin les patients au centre du processus d’évaluation des stratégies de santé.